Comme tout les matins, le soleil se leva, éclairant toute la forêt de Broadval. C'était l'heure où tous les hommes quittaient leurs familles pour aller travailler à la Grande ville. C'était l'heure où tous les enfants étaient encore endormis paisiblement. Comme tout les matins, Erron était déjà debout depuis plus d'une heure. Il venait de rentrer de la forêt avec une charrue pleine de bois. Malheureusement pour lui, il était en retard. A peine sortie de la clairière qu'une grosse main attrapa son épaule gauche et le poussa violemment par terre :
- Mais qu'est-ce que tu manigançais encore dans la forêt !!!!! Tu as vu l'heure ? Le soleil est déjà levé et tu viens de rentrer !! A cause de toi, le petit déjeuner est encore retardé !!!
- Je...je...je suis désolé, un tronc d'arbre me bloquait la route, j'ai dû emprunter un autre chemin, c'est vrai, je t'assure !!
Soudain, l'autre main gifla Erron en pleine figure.
- Ça, c'est pour me mentir !!
- Mais... !
- Il n'y a pas de "Mais" !! Dépêche toi de rentrer le bois à la maison, il va encore être gelé !!!!
En effet, cela fait maintenant une semaine que le manteau blanc de l'hiver avait recouvert Broadval. Erron se leva et regarda l'énorme silhouette de son père repartir vers la maison. C'était un homme grand et de très forte corpulence. Son visage ressemblait à de l'argile, il était tout déformé. Erron n'osait jamais le regarder de peur d'être frappé. En pensant à la chaleur de la cheminée, il se dépêcha de rentrer le bois à l'intérieur et d'accompagner son cheval dans la cabane qu'il lui avait construite. Quand toutes ces tâches furent terminées, Erron rentra chez lui et se mit aussitôt à table. Comme d'habitude, le pain était sec et le lait tiède. Son père le regardait d'un air étrange, d'une façon méfiante.
- Je t'ai inscrit à l'école de Broadval histoire de faire quelque chose de toi, de te rendre un peu plus intelligent et moins faible !
Erron resta bouche bée, comme paralysé sur sa chaise, et laissa ses couverts tombés sur le sol.
- A Broadval ?? Mais, c'est à une demi-journée d'ici !! Il faudrait que je parte de très bonne heure ! En plus des tâches quotidiennes, je ne m'en sortirai jamais !!!
- Ca, c'est ton problème, répliqua aussitôt le père, d'un ton sec et grave.
Erron n'en croyait pas ses oreilles. Il devait se rendre à Broadval sans moyen de transport, par la seule force de ses jambes.
Dès qu'il fut sorti de table, Erron se précipita d'aller voir Bronny, son cheval et seul ami. Il s'assit sur un tronc d'arbre et pensa déjà au lendemain. C'était un jeune garçon de quinze ans à peine plus grand que les autres garçons de son âge. Il portait un vêtement de couleur beige ainsi que des gants de la même couleur que le bois sauf qu'il était rempli de trou plus ou moins gros les uns que les autres. Ses cheveux étaient ébouriffés, c'est pour cela qu'ils ne les aimait pas trop. Son visage était rempli de petites cicatrices mais les plus grandes se trouvaient dans son dos, deux grandes cicatrices obliques. Il était tombé d'un arbre alors qu'il n'avait que trois ans. Ce fut un miracle qu'il s'en soit sorti. Erron n'avait pas de mère, elle était morte en l'ayant mis au monde. Depuis ce temps là, il vit avec son père dans une petite maison à plusieurs kilomètres de Broadval.
Pour se changer les idées, Erron parti en direction de la forêt en compagnie de son cheval, Bronny. La forêt était très calme à cette heure là, "ce qui est normal " pensa Erron, puisque le soleil commençait à se lever. Seul les animaux s'en allaient à l'approche d'Erron. Les arbres étaient tous recouverts d'une magnifique couche de neige scintillante et le sol laissait apparaître quelques petites traces de pas d'animaux, "sûrement des lapins". Au fur et à mesure qu'Erron avançait dans la neige, celle-ci était de moins en moins présente et au bout d'un ou deux kilomètres, l'herbe était de nouveau verte sans aucune trace de neige ni d'humidité :
- Doucement Bronny.
Le cheval était nerveux, il commençait à taper des sabots puis à bouger dans tout les sens :
- Calme toi Bronny ! Pourquoi t'énerves-tu ? Il n'y a rien à craindre !
Soudain, Bronny s'énerva pour de bon et fit tomber Erron par terre.
- Bronny !!, cria Erron.
Le cheval fit rapidement demi-tour et repartit, en galopant, en direction de la maison. Il était maintenant seul, en plein milieu de la grande forêt de Broadval. Son seul ami était parti. Erron commença alors à paniquer. Pourquoi Bronny était partit si rapidement alors qu'il n'y avait rien à craindre ? Il se trompait. Non loin de lui, une petite lumière aveugla Erron. Cette lumière si étrange l'inquiéta. Il marcha sur de l'herbe tellement verte qu'il se demanda si l'hiver était toujours présent. Petit à petit, Erron s'approcha de la lueur, elle était si forte qu'Erron devait protéger ses yeux à l'aide de ses gants.
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? se demanda t-il.
Erron venait de découvrir la source de cette lumière. Une petite boule, pas plus grosse qu'une simple bille, était posée là, sur le sol. Elle brillait tellement que la neige avait disparu autour d'elle. Erron, très intrigué, s'approcha de plus en plus près. Tout son corps tremblait de peur. Peu à peu, sa peur se transforma en angoisse puis en curiosité. Devait-il s'en approcher ? Il n'hésita pas une seconde, enleva ses gants et saisit la boule délicatement.
En une fraction de seconde, Erron se sentait comme libéré de tous ses soucis puis la seconde plus tard, il fut comme frappé par la foudre. Aucun de ses membres ne répondait à ses ordres. La boule lumineuse tomba par terre dans un bruit assourdissant et Erron perdit connaissance, seul, en plein milieu de la forêt...
- Ça suffit, je ne peux plus supporter cette situation, je ne peux plus LE supporter, il est invivable !!, cria une voix.
- Mais pourquoi ne reste tu pas avec moi ? Nous sommes heureux ensemble ! Tu ne vois donc pas ? Ton mari n'est qu'un abruti, tu n'es rien pour lui ! dit une seconde voix.
- Je ne peux pas, il me tuera, il en sera capable !! dit la voix féminine d'une voix tremblante.
- Alléa, ne dit pas des choses pareilles !!
- Je..
Alléa se mit à sangloter. L'homme qui était près d'elle parut très énervé. Il faisait des va et vient le long de la pièce en murmurant quelque chose d'incompréhensible. L'homme n'était pas très grand, il ne devait pas mesurer plus d'un mètre soixante. Ses cheveux bruns étaient recouverts d'un chapeau muni d'une plume blanche. Il était jeune, d'une vingtaine d'années et robuste pour son âge. Seul un fermier pouvait être formé comme cela.
- Je ne supporte plus te voir dans cet état....dit le fermier.
- Je suis désolée mais je vais devoir tout lui dire, tout lui avouer !! Répond Alléa d'une voix désespérée.
- Pour qu'il te tue ? Si ton mari découvre la vérité, l'enfant que tu portes ne sera plus de ce monde ! Je ne veux pas que tu aies des problèmes par ma faute mais...
- Nous sommes tous les deux coupables !! Coupa Alléa, d'une voix douce.
L'homme s'arrêta de marcher puis s'assit à côté d'Alléa.
- On trouvera bien un moyen ne t'inquiète pas, déclara le jeune homme
- Je l'espère, soupira Alléa, désespérée.
Pendant un court instant, un silence s'installa dans la chambre. Celle-ci était petite avec, pour seule source de lumière, une fenêtre qui donnait vue sur la ville. Il n'y avait qu'un seul lit ainsi qu'une armoire en bois. Dans celle-ci, Alléa pris ses vêtements et s'habilla lentement. C'était une très belle jeune femme du même âge que le fermier. Ses cheveux étaient châtains et surtout très long qui brillait face au soleil. Alléa avait un très beau corps, n'importe quel homme pouvait le dire, elle avait un certain charme que personne ne pouvait décrire.
- Tu pars déjà ? demanda le jeune homme.
- Il vaut mieux, mon mari pourrait se douter de quelque chose.
Le jeune homme enlaça longuement Alléa et ils se séparèrent. La jeune femme se précipita de sortir pour éviter de croiser son mari, si celui ci se trouvait en ville. Avant de sortir de la maison, Alléa regarda à travers une fenêtre pour vérifier si le champ était libre. Personne en vue, elle ferma la porte et marcha rapidement vers la sortie de la ville. Alléa ne regarda pas où elle allait, elle ne pensa qu'aux moments passés avec le fermier, mais soudain, elle bouscula quelqu'un et tomba par terre.
- Pardonnez moi, je ne regardai pas où j'allais, je vous pris de m'excuser...! dit Alléa, très pressé.
- Ce n'est rien Mademoiselle Alléa, répondit une voix grave et menaçante.
Alléa se demanda comment cet homme pouvait connaître son prénom, mais elle était tellement impatiente de rentrer chez elle qu'elle se releva pour repartir quand l'homme l'attrapa pour la retenir.
- Voyons mademoiselle, nous pouvons discuter quelques instants...? dit la voix grave
- Désolé, je ne vous connaît pas et je n'ai pas le temps de discuter avec vous !
- Même si il y a un rapport avec l'homme dont vous venez de quitter précipitamment ?
Alléa se figea, paralysée de terreur, prise de sueurs froides... L'homme avait l'air au courant de sa situation. Elle ne savait pas où donner le regard, elle était terrifiée.
- Comment savez-vous que....
- ...vous menez une double vie ? répondit aussitôt l'homme.
Alléa avait peur, pleins de questions lui tournaient dans la tête. Prise de panique, Alléa courut en direction de la sortie de la ville sans se retourner lorsque d'un seul coup, une énorme explosion retentit dans la ville. La maison où se trouvait le fermier venait d'exploser. Par le souffle de l'explosion, Alléa se retrouva par terre allongée et inconsciente. L'homme à la voix grave se retourna sans regarder Alléa, et se mit à rire méchamment, puis parti dans la fumée causée par l'explosion de la maison...